top of page
Contre le déterminisme, produire un art social, trans’classe, pour une réconciliation quotidienne au Monde.
 

Les œuvres de Sandrine Thiébaud Mathieu s’inscrivent dans une filiation textile, mais c’est l’épingle, plus que le tissu, qui en constitue la trame essentielle. Matériau discret, domestique, presque invisible, l’épingle s’impose ici comme médium principal, renversant les hiérarchies et les usages. Longtemps reléguée au rang d’outil silencieux, instrument d’un quotidien féminin contraint, elle fut aussi le compagnon d’atelier des ouvrières, des petites mains de l’ombre, bâtisseuses oubliées de formes et de savoir-faire.

 

Chez Sandrine Thiébaud Mathieu, l’épingle devient un geste, une trace, une voix. Elle matérialise l’invisible et donne corps à ces petits riens qui soutiennent, qui structurent, qui rendent possible. Dans son usage premier, elle bâtit, construit pour mieux disparaître ; dans son œuvre, elle persiste, elle s’élève. Multipliée à l’infini, elle se détache de sa condition première, transgresse les rôles assignés et devient force de subversion, matière manifeste.

Les surfaces qu’elle habite deviennent des territoires. Cartographies sensibles, fragments d’un monde recomposé, elles abolissent les frontières et esquissent de nouveaux paysages, où ciel et terre se confondent. Chaque œuvre est une constellation, une respiration dense, où l’accumulation révèle la singularité de chaque point, de chaque éclat. Les titres choisis, souvent inspirés de la pensée poétique de Bachelard, Borges, Damasio ou Arthur H, viennent faire résonner les œuvres comme on nomme un lieu secret. Le mot, dans sa justesse, prolonge la matière.

 

L’épingle, humble et brillante, devient lien. De son scintillement surgit l’appel, la réponse d’une autre, puis d’une multitude. Une vibration naît, un chant choral de matières. Dans cette alchimie patiente, Sandrine Thiébaud Mathieu tisse une œuvre qui parle du collectif à partir de l’intime. Elle redonne sa puissance à l’insignifiant, elle invite à regarder autrement. Ses sculptures textiles nous replacent, sensibles et pensants, au cœur d’une mémoire partagée, d’une œuvre commune en devenir.

bottom of page